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Ci après des textes intérressants qui en parlent.
ATTENTION : C'est long à lire, mais instructif ....
Touring: quel est l’attrait principal d’un jeu de course automobile?
Dr Christoph Klimmt (C. K.)*: la compétition et le défi rendent le jeu de course particulièrement captivant. On peut se mesurer à d’autres participants ou conduire contre un adversaire géré par l’ordinateur. Ces jeux permettent en outre aux passionnés de sports motorisés de pratiquer leur hobby en utilisant des médias interactifs.
Dr Peter Fischer (P. F.)*: l’attrait réside principalement dans la compétition qui permet de se mesurer au volant. Braver les interdits à la recherche de sensations fortes est un autre facteur déterminant. A cet effet, on préfère les jeux de course se déroulant dans la circulation routière plutôt que sur des circuits.
Qui a mandaté votre étude et pourquoi?
C. K.: notre projet mené à l’Institut pour le journalisme et la recherche en communication à la Haute Ecole de musique et de théâtre de Hanovre a été initié par l’Office fédéral des routes, une instance du Ministère fédéral allemand des transports. Il visait à définir dans quelle mesure les jeux de course posent problème pour la sécurité routière en raison d’un réalisme toujours plus poussé. Mais nous nous sommes aussi intéressés aux aspects positifs de ces jeux.
P. F.: relevons que les chercheurs en sécurité routière ont établi un lien direct entre la compétition inhérente au jeu et un comportement inadapté sur la route. Le Centre technique Allianz de Munich a initié la présente étude en collaboration avec l’Institut de psychologie de l’Université Ludwig-Maximilian à Munich dans le but d’analyser la corrélation entre la tendance à prendre des risques et la perception des risques.
Quelle méthode d’investigation a été appliquée?
C. K.: après avoir analysé 50 jeux de course, nous avons interrogé plus de 1000 jeunes gens des deux sexes détenteurs d’un permis de conduire afin d’établir une éventuelle corrélation entre ces jeux et les comportements problématiques au volant. Un simulateur de conduite nous a en outre permis d’observer le comportement de quelque 90 jeunes gens au volant, soit après un jeu de course ou de combat, soit sans jeu préalable. Des comparaisons nous ont permis de tirer des conclusions sur l’influence des jeux de course sur leur comportement.
P. F.: il est prouvé qu’une forte propension à prendre des risques entraîne un comportement inadapté dans la circulation routière. Nous avons analysé la perception des risques et la disposition à prendre des risques dans des situations critiques de la circulation routière (séquences vidéo) en procédant à des tests de réaction objectifs. La propension au risque a été mesurée au millième de seconde près (par ex. dépassement dans un virage). On a préféré cette méthode au simulateur de conduite, car elle est moins susceptible d’être faussée par un comportement social inapproprié.
Comment les résultats peuvent-ils être transposés à la réalité?
C. K.: les jeux de course n’ont qu’une très faible incidence, parfois difficile à prouver, sur le comportement au volant. L’effet était plus marqué dans le simulateur de conduite où nous avons concrètement recherché une corrélation. Conclusion: le potentiel de risque est accru lorsque de jeunes conducteurs prennent le volant immédiatement après avoir joué plusieurs heures à un jeu de course.
P. F.: la propension au risque ainsi mesurée s’avère pertinente pour les comportements à risque dans la circulation routière. La recherche l’a démontré, test validé à l’appui (le test ne mesure que ce qu’il doit mesurer). Il n’est pas toujours possible de réaliser des expériences sur le comportement en raison de la situation juridique ou de standards éthico-scientifiques, leur issue pouvant présenter un danger pour les participants, des tiers ou l’environnement.
Les jeux de course peuvent-ils avoir une incidence positive sur les aptitudes personnelles à maîtriser un véhicule, telles que la capacité de réaction?
C. K.: les effets positifs ne sont pas exclus. Dans les jeux sur ordinateur comme dans la conduite automobile, nous sommes confrontés à un flux d’informations continu, accompagné de signaux importants à identifier. En théorie, les jeux de course permettent d’entraîner sa vitesse de réaction, à la différence près que les situations présentées dans ces jeux sont quasi inexistantes dans le trafic quotidien. Piétons et cyclistes sont pratiquement absents des jeux de course.
P. F.: les automobilistes jeunes et en bonne santé ne provoquent pas des accidents en raison d’une capacité de réaction diminuée. Ils ont au contraire d’excellentes aptitudes dans ce domaine qui les conduit cependant à surestimer leurs facul-tés dans le trafic. Le législateur ne requiert des
automobilistes que des aptitudes minimales en matière de réactivité et de psychomotricité. Il serait faux de prétendre que les jeux de course développent les capacités de réaction ou la motricité.
Que pensez-vous de la pratique en vigueur consistant à fixer des limites d’âge pour ces jeux?
C. K.: les scènes présentées dans les jeux vidéo ne soulèvent pas de questions relevant de la protection des mineurs. Mais il y a une catégorie de jeux qui associe la conduite automobile à des comportements plus problématiques comme conduire à tombeau ouvert ou dépasser par la droite. Certains jeux mettent en scène des vols de voitures et autres infractions impliquant également des voitures. En ce qui concerne de tels délits, la Commission de contrôle des logiciels de divertissement (USK) fait un excellent travail.
P. F.: depuis avril 2003, on est légalement tenu d’assortir les jeux vidéo d’une limite d’âge, même si elle peut facilement être contournée, notamment par le biais d’amis plus âgés. En fixant des limites d’âge, la Commission de contrôle des logiciels de divertissement délivre un message clair aux utilisateurs et aux parents. Ainsi, l’USK est critique envers les jeux de course de voitures dès 16 ans dont les contenus ne sont pas considérés comme anodins par la société. Cet organisme étatique assume une grande responsabilité pédagogique.
A votre avis, quelles sont les responsabilités des fabricants de jeux?
C. K.: je considère que l’industrie des jeux vidéo a aujourd’hui plus que jamais le devoir de se
préoccuper des problèmes potentiels liés à ses produits. En raison des risques accrus après plusieurs heures de jeu, nous recommandons d’accompagner les jeux de course d’un avertissement tel que "Don’t play and drive".
P. F.: dans les jeux de course de voitures, les chauffards sont récompensés par des points au mépris de la sécurité routière. De même, l’agressivité ambiante est une forme de violence au sens de la psychologie et de la pédagogie du conducteur. Les jeux de course de voitures ne doivent pas être vendus comme des jouets.
* Christoph Klimmt (30 ans) et Peter Fischer (33 ans) sont spécialistes de l’interaction entre jeux vidéo et comportement humain. Le premier a publié "Rennspiele am Computer: Implikationen für die Verkehrssicherheit" (jeux de course sur ordinateur: incidences sur la sécurité routière), novembre 2005. Le second a publié "Rennspiele und Risk-Taking" (jeux de course et prise de risques), février 2006.
Src: TCS - Touring, 19/2006
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